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OSTÉOPATHIE ET ENDOMÉTRIOSE

L'ensemble du texte est protégé par des droits d'auteur. Toute citation non autorisée fera l'objet de poursuites.©Rodolphe Benoit-Levy

Je tiens à remercier les auteurs des photos que j'ai prises pour illustrer mes propos. Toutes les photos et images utilisées sont protégées. Les références bibliographiques sont dûment notées.

 

Des clés pour comprendre, aspect viscéral, digestif de l’endométriose :

Le péritoine est un éléments anatomiques assez complexe. Or, il fait partie des localisations préférentielles de l'endométriose. Pour mieux l'appréhender, cette page lui est consacrée. Nous allons voir :

  • Sa formation, on appelle ça l'embryogenèse. Cela permettra d’appréhender les notions de plis et de plis encore, mais aussi les diverses cavités dans notre abdomen.
  • Ceci vu, nous verrons sa physiologie, ce à quoi il sert et les mécanismes d'adhérences.
  • Nous comprendrons pourquoi elles sont localisées dans des zones bien précises
  • en conclusion nous verrons le cercle vicieux de l'inflammation péritonéale et le lien avec les douleurs que vous connaissez.

Nous aborderons aussi un autre chapitre, celui de l'inflammation digestives. Nous verrons succinctement les causes les plus fréquentes comme le Syndrome de l'Intestin Irritable, les causes vasculaires, neurologiques,…

et enfin nous terminerons cette page par l'action de l'ostéopathe sur tout ce que nous avons pu voir. Dans cette partie, je partage une vidéo magnifique trouvée sur facebook et je remercie son auteur.

 

I- Le péritoine :

1- Le péritoine, sa formation ou embryogenèse :

Ce qu'il faut comprendre de ce paragraphe :

  • L'intestin est entouré d'une membrane.
  • Du fait de sa création, cette membrane forme des plis et des cavités.
  • Dans les plis circulent artères, veines, lymphatiques et nerfs se rendant aux organes de l'abdomen
  • Les cavités servent aux mouvements des organes.

L’intestin naît d’une petite vésicule, enveloppée d’un tissu. Elle se situe entre, en avant ce qui sera le foie et en arrière ce qui sera la rate. Et puis… ça tourne, le foie se retrouve à droite, la rate à gauche, l’estomac et le début du tube digestif entre les deux. Le tissu « d’emballage » du début suit les mouvements, des plis et des cavités se créent. 

 

 

Netter F.H, Cochard L.R. Atlas d’embryologie humaine de Netter. Icon learning systems. Masson, 2003.

Le foie, l’estomac, la rate sont alignés, respectivement d’avant en arrière

Il existe une rotation plaçant le foie, l’estomac et la rate respectivement de droite à gauche. Cette rotation crée des plis dans le « tissu d’emballage » qui deviendra le péritoine.

Netter F.H, Cochard L.R. Atlas d’embryologie humaine de Netter. Icon learning systems. Masson, 2003.

Du coup des cavités se créent entre l’estomac, le foie par devant et l’estomac et les parties en arrière, ce sera à la fois une réserve de tissu pour permettre à l’estomac de bouger et de se remplir et malheureusement une réserve de liquide péritonéal, lit d’adhérences et de collages.

En fin de rotation, les éléments sont placés. On reconnait, de droite à gauche, le foie, l’estomac et la rate. Derrière le foie, cette cavité qui se prolonge jusqu’à l’estomac

Netter F.H, Cochard L.R. Atlas d’embryologie humaine de Netter. Icon learning systems. Masson, 2003.

Le rôle de cette arrière cavité des épiploons (bourse omentale dans certaines livres) est de favoriser des plans de glissement. Quand tout va bien, on peut imaginer les différents plans de péritoine (les nappes de tissu en vert) glissant les uns par rapport aux autres. Lorsque l’estomac se rempli, il s’étire en descendant vers le bas parfois sous le nombril. Il en faut du tissu pour accompagner notre digestion du nouvel an !! Tout doit bouger, comme si on plaçait une goutte d'huile entre deux plaques en verre. S'il existe des adhérences, la goutte d'huile est remplacée par le grain de sable !

Hélas, les inflammations, les adhérences provoquent des manques de glissements, des irritations douloureuses et différents symptômes propre à cette région, comme les reflux, éructations, acidité, brûlures, précordialgies (douleurs devant le sternum), douleurs dans l’épaule gauche,….

Kamina. Précis d’anatomie clinique. Tome 3. Maloine, 2004.

Le péritoine permet de « tenir » les viscères entre eux. Chaque type de repli de péritoine porte en son sein les artères, les veines, les lymphatiques et racines nerveuses allant aux organes « portés » par ce péritoine. On les voit bien sur ces images, ce sont les points bleus (veines) et rouges (artères) contenus dans les plis de péritoine.

Sur cette image, le péritoine descend dans la cavité pelvienne, et tapisse les organes génitaux. On le retrouve depuis le haut du diaphragme (à hauteur des seins et non sous les côtes) jusqu’aux organes génitaux !!! 

2- Focus sur le péritoine :

Ce qu'il faut comprendre de ce paragraphe :

  • Le péritoine, véritable organe, tapisse l'ensemble de nos viscères.
  • Il résorbe presque 0,5 litre de liquide péritonéal à l'heure.
  • Dans l'endométriose, les adhérences perturbent sa physiologie, le liquide péritonéal est moins bien absorbé, il se collecte à certains endroits, augmentant les mécanismes d'adhérence et d'angiogenèse.

a- Le péritoine :

C’est un organe assez oublié et pourtant… sa surface est la même que celle de notre peau. Il contient un liquide, le liquide péritonéal. Ce liquide forme un film de près de 5 microns et permet les glissements de viscères les uns avec les autres. Il participe à la tension de surface, qui fait qu’à chaque inspiration, l’effort de « soulèvement » crée par le diaphragme descend jusqu’à la vessie, la soulageant du poids des viscères (la goutte d'huile entre deux plaques en verre, ça glisse, mais on ne peut les séparer).

Le plus étonnant est que cette fine membrane, résorbe 8% du poids de notre corps à l’heure, soit 450ml !!! Pratiquement un demi-litre à l’heure, 12 litres dans une journée, c’est énorme !!!

D’autant plus remarquable que le principal lieu d’absorption du liquide péritonéal se situe au-dessus du foie, juste sous le diaphragme. On retrouve d’ailleurs fréquemment des brides (grandes adhérences) hépatiques lors d’infection à Chlamydiæ ou Gonocoques (syndrome de Fitz-Hugh-Curtis).

b- Rôles du péritoine

Le péritoine participe grandement à nos défenses immunitaires. Il présente une capacité de phagocytation ou d’encapsulation des antigènes ou des germes par des mécanismes d'adhérences. Cela nous protège bien sûr, mais cela devient gênant quand la machine s’emballe comme dans l’endométriose. Les adhérences sont présentes surtout dans les « points bas » comme nous venons de le voir plus haut.

Un autre rôle important du péritoine est sa capacité à se régénérer quand il présente des lésions. En 10, 12 jours il est capable de se reconstituer. Le premier mécanisme est une hyperhémie (afflux de sang local) responsable de l’angiogenèse (apport de nouveaux vaisseaux sanguins). Cette physiologie qui nous sauve et nous répare quand nous en avons besoin joue en notre défaveur dans l’endométriose. L’angiogenèse est retrouvée dans toutes les causes possibles d'endométriose (décrites à la première page).

c- Localisation du liquide péritonéal

Lorsque l’on est allongé sur le dos, soit 8 heures par jour, le liquide péritonéal se déplace dans les gouttières coliques (de part et d’autre du colon ascendant et descendant), au niveau du foie, de l'arrière cavité des épiploons ou bourse omentale et le petit bassin, devant le sacrum. Ce sont les « points bas » de la cavité abdominale. Lorsque nous sommes sur le ventre, le liquide tend à se placer au niveau du nombril dans les plis du mésentère.

Kamina. Précis d’anatomie clinique. Tome 3. Maloine, 2004.

Le liquide péritonéal se déplace dans les points bas de la cavité abdominale. On comprend alors que ce soient ces zones qui présentent le plus d’adhérences.

  • Le petit bassin avec préférentiellement une atteinte des ligaments utero sacrés (LUS). Le gauche est plus souvent atteint du fait de sa proximité avec la partie terminale du gros intestin (nous y reviendrons).
  • Les gouttières coliques avec deux zones privilégiées :
    • Une à droite, au démarrage du gros intestin, juste au-dessus de l’ovaire droit. Il existe un ligament appendiculo-ovairien unissant l’intestin à l’ovaire(1). On sait que les douleurs projetées des ovaires sont localisées au niveau des genoux. 
    • Et une à gauche dans les replis de la portion terminale du gros intestin que l’on appelle sigmoïde.
  • La partie postérieure du foie, avec un retentissement
    • sur la veine cave, volontiers comprimée entre son ligament, le diaphragme et le foie,
    • dans l'arrière cavité des épiploons ou bourse omentale.
  • Le mésentère, dans les plis de l'insertions de l'intestin grêle.

Nous décrirons de haut en bas les zones d'adhérence préférentielles :

  • Sous le diaphragme
  • Les gouttières coliques
  • Les ligaments utérus sacrés
  • L'insertion de l'intestin, le mésentère (quand on dort sur le ventre)

 

α) Sous le diaphragme  :

 

Netter F.H. Atlas d’anatomie humaine. Icon learning systems. 2ème édition. Masson, 1997.
Sobotta. Atlas d’anatomie humaine. Tronc, viscères, membre inférieur. Tome 2. 21ème édition, 4ème édition française. Éditions médicales internationales, techniques et documentation, 2000.
Kamina. Précis d’anatomie clinique. Tome 3. Maloine, 2004.
  • Image de gauche, c'est une coupe transversale passant par le foie, l'estomac et la rate, elle montre l'arrière cavité des épiploons et la proximité entre le foie et le rein droit.
  • Image du milieu, c'est un vue postérieure du foie, montrant en bleu, la veine cave et son système d’attache ligamentaire.
  • Image de droite, c'est une coupe verticale montrant le foie et la vésicule biliaire. Ce qu'il faut voir est la grosse veine cave passant derrière le foie et le tissu "d'emballage" du foie et de la vésicule biliaire.
    • lorsqu’il existe des adhérences la veine cave peut être comprimée entre le foie, son ligament, et le diaphragme. Le retour veineux du petit bassin (hémorroïdes), des membres inférieurs (jambes en poteau, œdème des membres inférieurs!) et des corps vertébraux lombaires (voir lombalgie) peut être compromis. Cela peut expliquer aussi les céphalées d’origine hépatique !
    • Le "tissu d'emballage", cette capsule autour du foie et de la vésicule biliaire est innervée par le nerf phrénique qui est un nerf d'origine cervicale. L'irritation fréquente de cette zone explique les cervicalgies et les douleurs dans l'épaule droite (parfois gauche)

β) Les gouttières coliques :

Netter F.H. Atlas d’anatomie humaine. Icon learning systems. 2ème édition. Masson, 1997.
Sobotta. Atlas d’anatomie humaine. Tronc, viscères, membre inférieur. Tome 2. 21ème édition, 4ème édition française. Éditions médicales internationales, techniques et documentation, 2000.
  • Image de droite, le démarrage du gros intestin (cæcum), son système d’attache, grand lieu d’adhérences se prolongeant volontiers au travers du péritoine sur un gros muscle, juste derrière, le psoas. Il faut imaginer une superposition de plans depuis la colonne vertébrale jusqu'au gros intestin. L'irritation du colon provoque une cascade d'inflammation jusqu'au psoas. Cela peut provoquer :
    • Des lombalgies (douleur de la région lombaire) ou des lumbago/sciatalgies/cruralgies.
    • Des troubles du transit (diarrhées, constipation, syndrome mixte)
  • Image de droite, la portion sub-terminale du gros intestin, le sigmoïde, ses deux racines d’insertion. En temps normal, il n’est pas soulevé et repose dans la fosse iliaque sur le muscle du même nom, irritant là aussi, le muscle, du fait des adhérences. Le sigmoïde se prolonge bas dans la cavité pelvienne avant de se terminer par l'ampoule rectale. Les adhérences se prolongent volontiers au ligament utero-sacré gauche (LUS). L'irritation de cette zone peut provoquer :
    • Des lombalgies (douleur de la région lombaire) ou des lumbago/sciatalgies.
    • Des troubles du transit (diarrhées, constipation, syndrome mixte)
    • Des gènes ou douleurs de la région anale comme des dyschésies (constipation terminale)
    • Des douleurs dans les rapports, des dyspareunies
    • Hypertonie périnéale postérieure
    • Pudendalgies, vestibulodynies et d'une manière général ce que nous verrons à la prochaine page.

γ) le mésentère :

Sobotta. Atlas d’anatomie humaine. Tronc, viscères, membre inférieur. Tome 2. 21ème édition, 4ème édition française. Éditions médicales internationales, techniques et documentation, 2000.
  • Vue d’ensemble de la cavité abdominale. L’intestin grêle est enlevé. On voit les replis de péritoine constituant le système d’attache de l'intestin grêle ; c'est le mésentère. Là encore, cheminent artères, veines, lymphatiques et nerfs se distribuant à l'intestin.On imagine facilement des adhérences dans ces plis, limitant les mouvements, donnant les douleurs de bas ventre irradiant vers la vessie. De chaque côté le gros intestin dont la portion terminale a été enlevée (sigmoïde). On retrouve des d'avantage d'adhérence au niveau du mésentère lorsqu'on dort sur le ventre.

δ) Les ligaments utéro-sacrés :

Waligora, Perlemuter. Anatomie. Abdomen et petit bassin. Tome 2. Masson, 1975.
Kamina. Précis d’anatomie clinique. Tome 4. Maloine, 2005.

Nous décrirons ces ligaments ici (nous les reverrons dans la page suivante) car le péritoine est directement posé dessus. 

  • Image de gauche. Il existe une grande lame sacro-recto-génito-pubienne qui s’étend d’arrière en avant depuis le sacrum jusqu’au pubis. Elle passe par le col de l’utérus y ménageant des insertions. Sa partie postérieure, pour plus de simplicité s’appelle ligament utéro-sacré ou LUS (ce qu’on lit sur les comptes rendu d’échographie ou IRM). Cette lame contient l’ensemble de l’innervation végétative à destination du petit bassin. C’est le plexus hypogastrique. Les lésions endométriosiques sur les ligaments utéro-sacrés peuvent provoquer divers désagréments dont les douleurs dans les rapports (dyspareunies). Les tensions du LUS ont pour conséquence de rigidifier le col de l'utérus provoquant des douleurs quand la verge en érection "cogne" dessus. Cela sera mieux décrit dans la page suivante. On peut voir ici le péritoine qui repose en nappe sur les organes génitaux.
  • Image de droite. C'est une vue centrée sur le LUS et les nerfs qui s'y trouvent (plexus hypogastrique). Imaginons une personne couchée sur le dos, du fait de la concavité du sacrum, le liquide péritonéal se recueille dans cet espace, favorisant les phénomènes d’adhérences inflammatoires douloureux chroniques.

d- Conclusion sur le péritoine :

Les mécanismes douloureux sont très différents et nombreux. L’atteinte du péritoine signe probablement la porte d’entrée au cercle vicieux :

Inflammation entrainant des adhérences. Limitation des plans de glissement entre les feuillets de péritoine, diminution de la perfusion sanguine, du retour veineux, et de la circulation lymphatique. Irritation des racines nerveuses, augmentant les douleurs neuropathiques (douleurs liées à la lésion nerveuse), intégration médullaire (moelle épinière) par réflexe d’axone rétrograde, douleurs projetées et douleurs référées et enfin sensibilisation centrale et inflammation neurogène secondaire. Ces termes sont expliqués dans les pages sur la douleur et dernière page de cette article.

L’inflammation et les adhérences provoquent des tiraillements, hyperpressions, augmentation des stases de liquides péritonéal. 

A l’époque où l’imagerie n’était pas aussi performante le diagnostic de l’appendicite se faisait par toucher rectal. L’infection de l’appendice provoquait un début de péritonite (inflammation du péritoine). Le liquide se collectait au niveau des points bas, devant le rectum. Le doigt du praticien déclenchait une hyperpression liquidienne provoquant les douleurs.

On peut voir dans l’endométriose une sorte de « péritonite à minima », mais bien invalidante tout de même. Il faut rajouter que ces douleurs surviennent lors des cycles la plupart du temps, mais aussi hors des règles du fait du manque de réabsorption du liquide péritonéal et des adhérences perturbant la bonne circulation du liquide (1/2 litre par heure). Cela est peu compris et peut semer le doute chez un praticien non spécialisé pour lequel l’endométriose = douleurs liées aux cycles.

Au final :

Au travers de cette description on comprend aussi les douleurs abdominales et pelviennes avec tous les symptômes différents, allant de la tête, à l’ampoule rectale. C’est un catalogue à la Prévert, on simplifie :

  • Estomac : 
    • reflux, acidité, brûlures œsophagiennes, précordialgies (douleurs thoraciques), douleurs épigastriques, douleur épaule gauche
  • Foie :
    • fatigue, mauvaise assimilation des nutriments, céphalées, douleurs épaule droite
  • vésicule biliaire :
    • mauvaise digestion des graisses, gaz, selles « explosives », brûlures
  • Pancréas :
    • douleur épigastrique, sciatalgie droite
  • Intestin grêle :
    • douleurs abdominales, crampes, intestin irritable
  • Gros intestin :
    • douleur lombaire, sacrée, cruralgies, méralgie, sciatalgie, trouble du transit
  • Reins et uretère :
    • Douleur sacro-iliaque, épaules, stase veineuse grande lèvre génitale gauche, douleur fosse lombaire, crurale et méralgie
  • Vessie :
    • dysurie, pollakiurie, brûlures à la miction pouvant se prolonger parfois longtemps après, douleurs vésicales de type cystite
  • Urètre :
    • idem vessie, fuite urinaire, urétrite, brûlures
  • Anale :
    • Dyschésie (constipation terminale), douleur péri-anale, rectocèle
  • Vaginale :
    • Vestibulodynie, Bartholinite chronique, vaginisme, dyspareunies profondes
  • Périnéale :
    • syndrome myofascial complexe, hypertonie périnéale postérieure, pudendalgie par inflammation du canal d’Alcoock et de l'obturateur interne
  • Céphalées, jambes lourdes, manque d’appétit, toux et irritations bronchiques, problèmes ORL liés aux reflux, …

Deux remarques cependant :

  • L’endométriose n’est pas une maladie d’organe, mais pour simplifier je les ai quand même cité pour permettre la localisation des plans adhérentiels.
  • Réduire l’endométriose à un syndrome péritonéal serait une simplification inacceptable et une erreur. Mais à des fins pédagogiques, il est plus facile de décrire cette membrane afin d’avoir un outil pour expliquer tant les mécanismes de l’endométriose que son traitement ostéopathique.

II- L’inflammation :

Ce qu'il faut comprendre de ce paragraphe :

  • L'inflammation de bas grade (basse intensité peut être provoquée par de multiples causes :
    • Facteurs alimentaires
    • Syndrome de l'intestin irritable
  • Causes vasculaires, veineuses et lymphatiques
  • Causes nerveuses
  • Causes environnementales
  • Syndrome de stress post-traumatique
  • Causes métaboliques et endocriniennes
  • Causes génétiques

En définition, je proposais … liée à un syndrome inflammatoire de basse intensité chronique…

Qu’est-ce donc que cette inflammation, d’où vient-elle et que faire pour l’éviter.

Hélas, chaque question rapporte encore plus de question que de solution.

Le raisonnement est celui-ci, dans l’endométriose on retrouve :

  • une inflammation stimulant l’angiogenèse, 
  • un système immunitaire trop actif, favorisant les adhérences péritonéales, 
  • un manque d’inhibition du cerveau sur la douleur,… 

Il devrait exister un lien entre l’intestin, l’inflammation et l’endométriose. Pour le moment, nous ne sommes pas capable de dire celui qui a commencé. Est-ce l’intestin, le responsable, le péritoine, l’inflammation… en revanche l’interaction entre les protagonistes est clairement documentée.

1- Facteurs alimentaires :

a- Le syndrome de l’intestin irritable (SII) :

On sait que les facteurs alimentaires jouent énormément en faveur de l’intestin irritable (SII). 50 à 60% des femmes (suivant les auteurs) ayant une endométriose ont aussi un SII(2).

Il existe dans le SII une perturbation, une dysrégulation de l’axe système digestif-cerveau, de la motricité intestinale, une hyperalgésie, une perturbation de la fonction immunitaire et de la microflore bactérienne(3). Une autre publication met en relief une similitude entre les signes cliniques du SII et de l’endométriose, en ce qui concerne les dyspareunies, les troubles ano-rectaux, les troubles digestifs, douleurs d’épaule et cervicales(4).

Le lien entre le SII et le syndrome de stress post-traumatique (PTSD) est aussi établi et clairement documenté(5). Ainsi que le lien entre l'endométriose et le PTSD

On sait que l’hyperactivation de l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (voir le stress) engendre cette inflammation chronique et les relations réciproques entre troubles cognitifs(6) (concentration, comportement, sommeil, …), psychiques(7) (dépression, hypervigilance, manies, phobies,…), l’intestin(8) et la sphère pelvienne(9).

Aussi, même s’il est évident que le SII et l’endométriose sont bien deux pathologies distinctes, elles partagent cependant des causes, des symptômes, des localisations anatomiques et des expressions douloureuses communes. Une facette du traitement de l’endométriose doit obligatoirement passer par la recherche, de bactéries ou champignons (candidoses) d’origine digestive. Suite à une infection 25% des patients se plaignent encore dans les 6 mois de symptômes de l’intestin irritable(10). Les inflammations coliques ou entériques favorisent la perméabilité intestinale(11). Or comme dit précédemment, un des rôles du péritoine est la protection immunitaire par encapsulation adhérentielle. Les lésions péritonéales favorisant l’angiogenèse (apparition d’une nouvelle vascularisation), le stroma endométrial n’a plus qu’à s’y déposer (voir page précédente). 

Le traitement de la porosité intestinale retrouvée dans le SII semble incontournable. La perméabilité intestinale augmente considérablement les processus inflammatoires(12) responsables des adhérences péritonéales.

b- Le lait :

La moitié des sujets ayant un SII rapportent une intolérance au lactose(13).

c- Le gluten :

Il existe très peu d’études portant sur l’intolérance au gluten hors la maladie cœliaque. L’intolérance au gluten est en France encore un sujet tabou de la part du monde médical et fait de croyances diverses, parfois justifiées chez les patients. En effet, pour le moment, il n’existe pas encore de marqueurs propres, unanimement indiscutable pour reconnaitre cette maladie. Or, quand on est scientifique, ce qui ne se voit pas, ne peut être objectivé. Cependant, les signes digestifs, et extra-digestifs sont reconnus, douleurs abdominales, diarrhée, ballonnement, eczéma, céphalées, esprit embrouillé, fatigue, dépression, anémie, engourdissement des extrémités, et arthralgies... Ces manifestations surviennent quelques heures à quelques jours suivant l’ingestion du gluten(14).

Le bon sens doit prédominer. Si vous pensez que cela peut être une piste et si vous avez la volonté de faire une éviction, voici un conseil de bon sens :

Ne supprimez qu’un seul des deux (commencez par le lait), mais surtout faites une éviction totale, sans aucun écart, pendant une période de trois mois minimum. Puis faites le point. Réintroduisez en petite quantité et voyez les effets. 

Faites ensuite la même chose pour le gluten.

Encore une fois, toutes les endométrioses n’ont pas pour cause le lait ou le gluten. Mais si l’éviction de l’un ou des deux, permet de diminuer l’inflammation et calmer les symptômes de façon satisfaisante, pourquoi s’en priver. Malheureusement, pour d’autres cela ne fera rien ! Il faut envisager des causes différentes… et surtout ne pas tomber dans la folie des régimes « sans » !

d- Et du bon sens :

Les aliments transformés vont du coca aux chips, en passant par les huiles raffinées et le sucre blanc issu de la betterave ! D’une façon générale on peut retenir que s’il y a une étiquette sur un produit alimentaire, c’est qu’il est transformé ! Et c’est avec quelle enzyme trouvée dans quelle nature que l’on va dégrader des produits transformés ???? A priori, on ne trouve pas de cordon bleu poussant dans l’herbe, ni de triangles de vache qui rit pendues aux arbres et les poissons ne sont pas carrés… Bref, ce trait d’humour pour dire qu’on marche peut-être sur la tête !

2- Les causes neurologiques  :

L’alimentation et le SII n’expliquent pas tout. S’il suffisait de manger différemment, l’endométriose serait guérie ! Il existe aussi une altération des relations neuronales au niveau de la paroi digestive(15). Cela renforce l’hypothèse de troubles de la conduction nerveuse et des neuropathies en découlant. Elles sont liées en partie aux adhérences du péritoine.

Les compressions/irritations/lésions nerveuses se retrouvent malheureusement dans l’ensemble de tissus ou organes infiltrés par l’endométriose.

Cela provoque une inflammation locale, à distance le long des fibres nerveuses, au niveau de l’étage médullaire (moelle épinière) et enfin il existe une sensibilisation au niveau du cerveau (voir les pages sur la douleur).

Il convient enfin de bien comprendre que certaines douleurs périnéales engendrées par l’endométriose sont d’authentiques douleurs neuropathies non reconnues(16) !

3- Les causes vasculaires :

a- Le sang artériel :

Il existe un phénomène assez paradoxal. Il manque du sang artériel et il y en a trop !

  • Il en manque car les adhérences limitent les débits vasculaires, les tissus sont moins irrigués et sont de fait en souffrance. Cette souffrance hypoxémique (manque d’oxygène) provoque une inflammation. C’est la base même de l’ostéopathie, un des cinq piliers fondamentaux décrit par le fondateur, la règle de l’artère (voir textes fondateurs).
  • Mais nous avons vu que l’inflammation provoquait une angiogenèse au niveau des séreuses comme le péritoine à l’origine d’adhérence !

Cela devient un cercle vicieux. Plus un tissu souffre, plus il s’inflamme, provoque des adhérences qui à leur tour participent à l’inflammation…

b- Le sang veineux :

Les diverses compressions au niveau des différents plans tissulaires, mais surtout au niveau rétro-hépatique (derrière le foie) engendrent des stases veineuses allant des crises hémorroïdaires, aux troubles veineux des membres inférieurs, céphalées et lombalgies (voir la lombalgie d’origine veineuse). Les pesanteurs vésicales, dysuries, dyschésies peuvent aussi avoir pour origines des contraintes veineuses modifiées.

c- Le réseau lymphatique :

C’est le porteur de notre immunité, vecteur de l’inflammation. L’engorgement lymphatique au niveau des ganglions, des tissus et des organes, participe aussi au dérèglement neuro-immunitaire.

4- Facteurs environnementaux :

J’inonde ma page Facebook de publications sur les perturbateurs endocriniens, les pesticides, les formaldhéydes contenus dans les meubles en kit, les maquillages, les culottes avec de l’élasthane ou de la viscose, près de la muqueuse vulvaire, le shampoing, sous shampoing, re-shampoing, dé-shampoing et anti-shampoing…

Bref, une galaxie environnementale. On n’y peut rien, pour d’autre on peut essayer de diminuer l’effet cocktail.

5- Syndrome de stress post-traumatique :

j’en parlerai dans la dernière page, mais c’est aussi un grand pourvoyeur d’inflammation 

6- Causes métaboliques :

on sait que le syndrome métabolique se caractérise par une augmentation de la taille des cellules graisseuses, les adypocytes. Leurs fonctions modifiées, elles sécretent de nombreuses cytokines (protéines) proinflammatoires(17).

7- Tout ce à quoi on ne pense pas !!

 

III- ET L’OSTÉOPATHIE DANS TOUT ÇA ? :

Il existe trois grands temps dans une séance,

  • un temps viscéral, abdominal ou thoracique
  • un temps pelviens, travail en interne, en toucher soit vaginal ou rectal (page suivante).
  • un temps que l’on pourrait appeler les parafonctions de l’endométriose. Je pense au syndrome de serrage dentaire (bruxisme centré), travail ventilatoire, thoracique, travail de la langue (nous y reviendrons en dernière page) et enfin, en fonction de la demande de la patiente, une aide en ostéopathie somato-émotionnelle à orientation phénoménologique (voir ostéopathie somato-émotionnelle).

1- Le travail ostéopathique viscéral abdominal

C’est un travail fait d’écoute tissulaire, restauration des différents plans de glissement de péritoine. La main de l’ostéopathe doit être suffisamment sensible pour distinguer les adhérences pro-inflammatoires liées à un éventuel SII et les lésions péritonéales liées à des adhérences endométriosique et son angiogenèse. Elles ne se travaillent pas de la même manière, les unes sont a-vasculaires, les autres sont très fortement vascularisées.

Encore une fois, sauf, infiltration endométriale très profonde, l’endométriose n’est pas une maladie d’organe, mais d’interface. Le travail des interfaces, la restauration de la sérosité, des plans de glissement, surtout dans les espaces réservoirs de liquide péritonéal est très important.

Les mobilités hépatiques, de l’arrière cavité des épiploons (bourse omentale), mais aussi de la rate (immunité) est un temps important. Souvenez-vous de l’embryogenèse, les trois organes étaient alignés d’avant en arrière, puis du fait de la rotation s’alignent transversalement.

Bien souvent, un travail ostéopathique viscéral attentif, sans déclencher d’arc réflexe douloureux permettra de façon quasi-instantané de soulager les douleurs projetées au niveau du dos, des sacro-iliaques, des genoux, des épaules et du cou.

Ce travail doit permettre aussi de restaurer un transit digestif perturbé (diarrhée, constipation, syndrome mixte) mais aussi, gaz, nausée, ballonnement, éructation, reflux gastro-œsophagien, …L’inventaire est long, mais on peut améliorer grandement les conséquences soit du Syndrome de l’intestin irritable, soit celles du syndrome inflammatoire de bas grade, rencontrées dans l’endométriose du fait de sa nature neuropathique.

Il y a deux ans j’ai trouvé cette vidéo sur facebook. Il s’agit d’une IRM dynamique montrant comment les organes digestifs bougent lorsqu’on respire. Cette vidéo est remarquable à plus d’un titre. Imaginez les ralentissements, d'une adhérenceL Le foie ou les reins ne bougerons plus dans un bon axe. Ce défaut d'axe irrite l'ensemble des tissus de la région dont le grand muscle psoas. J'ai décrit dans la page pudendalgie, l'ensemble des rapports qu'entretient ce muscle avec les racines nerveuses qui le perforent. Ces racines descendent dans le petit bassin, participant à irritation/inflammation de la zone. L’ostéopathie doit pouvoir nous permettre de restaurer cette physiologie.

je remercie la pratique ostéopathique de Stockbridge(https://www.facebook.com/stockbridgeosteopathicpractice/) pour la diffusion de cette video. Je la montre à tous mes patients pour souligner l’importance du travail viscéral

2- Le travail ostéopathique viscéral thoracique

Le travail thoracique est aussi important. Il doit comporter la recherche de mouvements anormaux  du tissu d’emballage des poumons, les plèvres. D’une part, comme souligné plus haut, elles peuvent être le siège de lésions endométriosiques, et d’autre part le siège de séquelles liées à l’inflammation de bas grade (d’autant que la patiente à subit un traumatisme ancien et présente un syndrome de stress post-traumatique (PTSD)). Les coupoles diaphragmatiques ne peuvent avoir de bons axes mécaniques quand elles bougent si ce qu’elles mettent en mouvement (les poumons) présentent des restrictions de mobilité. C’est du bon sens !

Ce travail thoracique est important, car il ne faut pas perdre de vue la posture, la respiration buccale, la désadaptation de la langue avec la boite à langue, l’avancée de la tête et d’une façon générale l’avancée de la ligne de gravité vers l’avant.

On sait que les plèvres, le diaphragme (tout comme les enveloppes du foie, des surrénales, et de la vésicule biliaire), le muscle sous-clavier (sous la clavicule) sont innervés par le nerf phrénique. Ce nerf se projette dans les épaules en terme de douleur, mais… Les nerfs sont médiateurs de l’inflammation et l’irritation du nerf phrénique peut remonter jusqu’au cou d’où il émerge en C4 (quatrième cervicale)

Ce que j’essaie de mettre en évidence, est la multitude de liens qui existent entre les chemins de vie, les réalités corporelles, l’anatomie, la physiologie, les émotions... Mais aussi les différentes cascades événementielles dont certaines sont bien connues, d'autres un peu moins. Lorsque un tissu est lésé on se retrouve dans la loi du Papillon… des effets, des conséquences parfois à propos, parfois disproportionnées , sans lien apparent car on ne les a pas encore trouvés, mécanique chaotique, humilité…

Et si nous passions aux autres cascades événementielles, allons faire un tour « en bas » !

Suite…

L'ensemble du texte est protégé par des droits d'auteur. Toute citation non autorisée fera l'objet de poursuites.©Rodolphe Benoit-Levy

Je tiens à remercier les auteurs des photos que j'ai prises pour illustrer mes propos. Toutes les photos et images utilisées sont protégées. Les références bibliographiques sont dûment notées.

 

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1 : Bouchet A, Cuilleret J. Anatomie topographique, descriptive et fonctionnelle. L’abdomen, la région rétro-péritonéale, le petit bassin, le périnée. Tome 4, 2ème édition. Simep, 2001. 

2 : Site endofrance, https://www.endofrance.org/la-maladie-endometriose/symptomes-endometriose/troubles-digestifs/

3 : Watier A, Rigaud J, Labat J.-J. Syndrome de l’intestin irritable, syndrome du releveur, proctalgie fugace et douleurs pelvipérinéales chroniques. Progrès en Urologie 2010;20:995-1002.

4 : Schmulsen M, Lee OY, Chang L, Naliboff BD, Mayer EA. Symptom differences in moderate to severe IBS patients based on predominant bowel habit. Am J Gastroenterol 1999;94:2929-35.

5 : Schmulsen M, Lee OY, Chang L, Naliboff BD, Mayer EA. Symptom differences in moderate to severe IBS patients based on predominant bowel habit. Am J Gastroenterol 1999;94:2929-35.

6 : Tapia G, Clarys D, El-Hage Wissam, Isingrini M. Les troubles cognitifs dans le Post-Traumatic Stress Disorder (PTSD) : une revue de la littérature. L’année Psychologique 2007;Vol 107/3:489-523.

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8 : Mayer EA, Naliboff BD, Chang L, Coutinho SV. Stress and the Gastrointestinal Tract V. Stress and irritable bowel syndrome. Am J Physiol Gastrointest Liver Physiol 2001;280:G519-24.

9 : Labat J.-J, Riant T, Delavierre D, Sibert L, et al. Approche globale des douleurs pelvipérinéales chroniques : du concept de douleur d’organe à celui de dysfonctionnement des systèmes de régulation de la douleur viscérale. Progrès en Urologie 2010;20:1027-1034.

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